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jeudi 19 avril 2007

Dernières parutions...




DVD

Guns & Talks


J’ai eu le plaisir d’adapter très récemment cet excellent long-métrage coréen (2001) de Jang Jin (Welcome to Dongmagkol), l’un des réalisateurs coréens les plus talentueux de sa génération.
Jang Jin aborde une nouvelle fois un film de genre avec l'idée d'en explorer les limites. Quatre frères. Quatre tueurs à gages. En découvrant tour à tour l’amour, ils se révèlent bientôt incapables d’accomplir leurs missions. Des flingues ?… et (surtout) des conversations.
Prochainement en DVD chez KubiK... et chaudement recommandé !


Deux pages web parmi celles qui en parlent déjà :

http://www.maxoe.com/index.php/kissa/guns-talks-a-family-et-springtime-en-avril-chez-kubik-video/
" KubiK Vidéo lance une nouvelle collection, "Ciné à part", dédiée à des films intimistes ou révélateurs de nouveaux talents. La collection se distinguera par un visuel facilement identifiable, que l’éditeur souhaite emblématique des futurs titres à venir. Afin de mettre ces titres à la portée du plus grand nombre, ils seront édités au prix de 14,99 euros l’unité sans pour autant négliger l’aspect soin puisque tous les films incluent de nombreux bonus et bénéficieront du meilleur traitement du son et de l’image. "

http://dooliblog.xpug.fr/index.php?2006/12/14/11-guns-and-talks-de-jang-jin-2001
" Ce qui m'a énormément séduit dans ce film, c'est son ton complètement décalé : ici les tueurs parlent plus qu'ils ne tuent, ici les tueurs interrompent leurs missions pour cause de coup de foudre, ici les tueurs sont émus par un opéra, ici les tueurs sont amoureux d'une présentatrice de journal télé, ici les tueurs pensent que "miss you" est une demoiselle qui s'appelle Yu, ici le narrateur ne trouve pas ses mots... "


ESSAI

Musique en forme de Sort

Mon essai sur la composition et la fonction magique de la musique
(éd. Le Manucrit) est désormais disponible sur Amazon.fr et Alapage.fr.


Liens directs : sur Alapage.fr ; sur Amazon.fr.
Et toujours sur Manuscrit.com
Plus d’excuse pour ne pas le lire ! ^^


BD & MANGA

Disney Hachette

Journal de Mickey
Une sixième Mickey Enigme, cette semaine ! Mickey et Minnie sur la mer de Marmara, un clin d’œil très personnel ! ;-)


Mickey Jeux
Je fais aussi mes premiers pas dans un autre magazine Disney, avec deux pages dans le Mickey Jeux d’avril-mai : il s’agit de sept petits jeux de printemps, à réaliser en bande, à l’extérieur.



Asuka

Tombé par hasard sur une excellente critique de
Ludwig B. à l’adresse suivante :
http://www.classiquenews.com/lire/lire_chronique_livre.aspx?id=86

Merci, Adrien de Vries ! ;-)

L’occasion par ailleurs de remercier Océane Brunet dont les critiques remarquables pour le site Parutions.com, notamment les nombreux articles qu’elle a consacrés aux ouvrages Asuka et à mes contributions éditoriales (adaptations, préfaces) m’ont toujours fait chaud au cœur. Une plume sensible et fine, merci à toi et bonne route, Océane ! :-)


Chrno Crusade vol. 8 et Junk vol. 6 sont repoussés au 10 mai.

Ce sera alors le début du grand retour d’Asuka… avant la sortie d’un nouveau TEZUKA très attendu, un peu mon deuxième bébé (deuxième titre choisi au catalogue avec la complicité de Jacques Lalloz et Raphaël Pennes) : l’excellent MIDNIGHT, dernière oeuvre achevée du génie humaniste ! Mais je vous en reparlerai en temps et en heure... Bonne lecture !

Néthique & Lumière

Sur un autre registre, j'attire votre attention sur le remarquable article de
Natacha Quester-Séméon et Quitterie Delmas : Vers une néthique universelle ? sur Transnets.
Sujet pas simple et pourtant essentiel : nous avons tous le devoir de présenter et d’expliquer
la Néthique au plus grand nombre. Gros boulot de pédagogie à ce niveau pour montrer l’intérêt de cette responsabilisation bienveillante, ce que nous avons tous à y gagner. La volonté de tirer le débat vers le haut, sur Internet comme ailleurs, n’a rien à voir avec la censure. Il ne s’agit pas de lisser ou d’aseptiser mais au contraire de s’assurer d’un respect mutuel pour ensuite dépasser toutes les limites, en toute confiance. Pour mieux partager nos élans, en toute humanité. Merci à vous deux, je suis de tout coeur avec vous.

Un autre blog à fréquenter de toute urgence, celui de la légendaire
Tatiana Faria, femme aux semelles de vent et présidente-fondatrice il y a plus de vingt ans des Humains Associés, dont je partage pleinement tous les élans. Une lumière qui marche.

mercredi 11 avril 2007

Il y a des lueurs fauves dans tous les camps



La politique radicale est dans une position difficile : comment vous rebellez-vous contre le chaos ? La vérité brute est que personne ne contrôle. La simple vérité est que le monde est une complexe tornade de mathématiques… Mathématique très complexe qui est au-delà de la compréhension humaine.
Comment se rebeller contre un séisme ? Pour vous rebeller, vous devez avoir une structure contre laquelle vous rebeller. Je ne vois vraiment aucune structure cohérente dans le monde actuellement.
A un certain degré, l’essentiel de ma pensée politique et de ma pensée sociale, est subordonné à ma pensée magique : voir les choses du point de vue d’un monde magique, ce qui me semble plus indiqué aux temps présents, et qui inclut mes attitudes politiques.


Alan Moore, entretien traduit de l’anglais.

Le point de vue de ce grand artiste-mage n'est pas si éloigné de la pensée de Pierre de Benouville : "A m'enfermer dans quelque passion partisane, je risque d'oublier qu'une politique n'a de sens qu'à condition d'être au service d'une évidence spirituelle"


Il y a des lueurs fauves dans tous les camps. Des forces vives au sein des appareils politiques les plus anachroniques, les plus morts.


La seule révolution désormais possible est une révolution des consciences, qui place l'imagination créatrice et la transcendance au centre du discours politique.


Une vision d'une telle ouverture, d'une telle multiplicité qu'aucune fixité, aucune attitude sectaire ou clivée ne peut en arrêter l'élan. Une conscience magique.


Combien d'entre nous sont-ils prêts ?


" J’ai mal à l’homme "


dit l’âme.

Oui, partout dans le monde l'âme souffre de son homme.


Et pourtant... un autre grand mage écrivait :


Humain, humaine : le fourreau d’une Etoile. (Aleister Crowley)


Pierre Teilhard de Chardin parle autrement de cette Etoile et précise :


Un jour, les hommes ne formeront plus qu’une seule conscience, car leur initiation étant terminée, ils auront mesuré la puissance de leurs esprits associés.


De la même façon, une légende hébraïque assure que le Messie ne sera pas un homme mais un jour. Celui où tous les hommes seront illuminés.


Alors Joseph Campbell, le grand spécialiste des mythes, ajoute, les yeux rieurs, à l'intention de chacun d'entre nous prêt à entrer en résistance intérieure :

De plus, il n’est pas nécessaire de se lancer seul dans l’aventure, les héros de tous temps s’y sont risqués avant nous et le labyrinthe est maintenant un terrain connu. Il nous suffit de mettre nos pas dans ceux du héros. Là où nous pensions découvrir une abomination, nous trouverons un dieu. Là où nous pensions devoir tuer un ennemi, nous aurons à nous tuer nous-mêmes. Quand nous penserons voyager vers l’horizon, nous nous aventurerons vers le centre même de notre existence. Quand nous penserons être seuls au monde, nous serons unis avec le reste du monde.

lundi 26 mars 2007

République des Blogs - 28 mars


Merci à vous tous qui êtes de plus en plus nombreux à passer par ce blog.

Juste pour vous signaler que je serai présent demain soir 28 mars à Paris pour la République des Blogs, aux côtés de Quitterie Delmas et Virginie Votier (les Jeunes Libres), mais aussi Tatiana Faria et Natacha Quester-Siméon (les Humains Associés, Nethique, Mémoire vive...), Tristan Mendès-France, Carlo Revelli (Agora Vox), Casabaldi (réseau Freemen), Sylvain Lapoix (Marianne2007.info) et beaucoup d'autres...

Venez nombreux !
A partir de 19 heures, au Pavillon Baltard, 9 rue Coquillère, Paris.
C'est juste derrière la Bourse du Commerce, quasiment à l'angle avec la rue du Louvre.
Métro Les Halles ou Louvre Rivoli.

vendredi 23 mars 2007

Alejandro Jodorowsky parle : Bouddharkozy

Vendredi dernier, à Paris, Alejandro Jodorowsky, heureux de m'expliquer la confiance qu'il place en son amie la présidente chilienne Michelle Bachelet, me communiquait le texte suivant, rédigé pour sa rubrique de "la bonne nouvelle", dans le cadre du JT espagnol. Décapant.



Les politiciens ont oublié ce qu'est l'être humain essentiel. Ils mendient des votes, exhibent un Ego ignoblement enflé et nous présentent l'image d'une humanité noyée dans les problèmes économiques. Ils baptisent "politique" leurs limites spirituelles. M. Sarkozy (ainsi que Mme Royal), pris au piège de sa triste illusion matérialiste, méconnaît absolument ce que les sages recherchent depuis des millénaires : l'illumination. Un état de transparence mentale où les frontières matérielles et psychologiques disparaissent, et où l'individu s'unit à l'humanité entière et à l'univers.
Par un hasard délicieux, M. Sarkozy, dans un instant de distraction extrême, s'est oublié pendant une seconde. Son Être Essentiel en a profité pour s'emparer de son corps et de son âme. Lors d'un instant si fugace que personne ne s'en est rendu compte, le politicien s'est transformé en Bouddha serein. Les mains jointes dans un geste de dévotion absolue, le regard béatement tourné vers l'origine de l'univers, un téléphone entre ses jambes devenu phallus sanctifié. A son poignet, la montre n'a pas de chiffres : le temps est infini. Une fois ce moment passé, l'ignominie politique et l'egomanie l'ont envahi de nouveau. Mais il nous reste un espoir : il est possible qu'un jour Sarkozy rencontre sa bouddhéité et devienne un être utile pour le monde, pour tout le monde. Nous souhaitons la même chose à Mme Royal.


Alejandro Jodorowsky





Los polìticos han olvidado lo que es el ser humano esencial. Mendigando votos y exhibiendo un Ego dilatado hasta la asquerosidad, nos presentan la imàgen de un hombre ahogado en lo econòmico, llamando a sus lìmites espirituales"polìtica". El señor Sarkozy (tanto como la señora Royal) enredado en su triste ilusiòn materialista, desconoce por completo aquello que durante milenios los sabios han buscado: la iluminaciòn. Un estado de transparencia mental donde no hay fronteras ni marteriales ni psicologòcas y el individuo se hace uno con la humanidad entera y el cosmos.
Por un hermoso azar el señor Sarkozy en un instante de extrema distracciòn, se olvidò de si mismo, segundo que aprovechò su Ser Esencial para apoderarse de su cuerpo y su alma. De manera tan fugaz quenadie se diò cuenta, el politico se convirtiò en un sereno Buda. La manos juntas en entrega absoluta, la mirada beata llegando al orìgen del universo, un telèfono entre las piernas convertido en santo falo. En la muñeca un reloj que perdiò sus nùmeros (tiempo infinito). Pasado e se segundo, la asquerosidad polìtica y egòmana lo invadiò nuevamente. Pero queda una esperanza: es posible que un dìa Sarkopzy encuentre su estado bùdico y entonces se convierta en unserde provecho para el mundo, para todo el mundo. Cosa que le deseamos tambièna la señora Royal.


Alejandro Jodorowsky

jeudi 22 mars 2007

Ce qui fonde nos forces échappe à l'effondrement.

pour Quitterie, en souvenir du 19 mars


"Il semblait porter un trésor fragile. Il me semblait même qu’il n’y eut rien de plus fragile sur terre." Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Quitterie, tu me dis que tu n'oublieras jamais cette rencontre avec Pierre Sudreau.
Pour ma part, je n'oublierai jamais cette photo.



Quelle belle image que ces deux générations côte à côte, portant la même espérance pour l'homme, cette lumière qui sourd du tréfonds de l'âme, bravant la mort et nos faiblesses.

Trésor fragile de l'espérance.

En elle, je reconnais la mienne.
Celle de révèler le feu sacré qui veille dans le coeur de tous.

"Retrouver la trace de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable, enseveli par les ruines monstrueuses de ses actes absurdes." Etty Hillesum

Il y aura une Sixième République. Il y aura une Renaissance. Politique, sociale, culturelle, artistique et spirituelle. Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle soit d'espérance et de clarté.
Tous, nous serons les acteurs et témoins de sa conscience.

Et puis l'inertie et l'entropie, toutes les forces de pesanteur en l'homme, les vieilles peaux des peurs, des dogmes, de l'habitude, du confort intellectuel, des certitudes mortes ou empesées, lentement feront leur oeuvre,
lentement sans doute mineront ses feux.

D'autres à leur tour reprendront le flambeau, inventeront un jour une autre République, un autre monde.

Toute forme naît, murît et fane. C'est la loi de la Vie et c'est une loi juste.
Ton enveloppe et la mienne, nos enfants, nul n'y échappe.

Mais ce qui fonde nos forces échappe à l'effondrement.

Ce qui fonde nos forces, rayonne derrière tes yeux, justifie ton sourire, est plus vaste que nous.

Partir à chaque instant de ce qui, en soi, respire de plus vaste que soi.
Partir en nous du plus faible, du plus vulnérable en l'homme, parce que là est sa grandeur et son envol, son unique fenêtre vers les hauteurs.

Il s'agit aujourd'hui d'entrer en résistance. En résistance contre toute forme de comportement ou d'attitude sectaire, fondée sur la peur de l'autre, de l'inconnu, de la différence.

En résistance contre l'inertie et l'indolence, la mesquinerie et la médiocrité, le préjugé, le jugement facile, l'idée arrêtée.

En résistance contre soi-même, au nom de la Vie.

Soyons incandescents, fiers et libres. Déployons enfin nos ailes.
Nous pouvons être des lumières qui marchent.

"A m'enfermer dans quelque passion partisane, je risque d'oublier qu'une politique n'a de sens qu'à condition d'être au service d'une évidence spirituelle" Pierre de Benouville

Oui, mille fois oui... Et puis, tu sais :"Je ne vois pas d'autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu'il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà." Etty Hillesum

"Le drame de l'être humain, c'est qu'il veut être un adulte fort, honoré, et il oublie qu'il est un petit enfant en quête de communion." Jean Vanier

"Créer, c'est résister. Résister, c'est créer". Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey, signataires de l'Appel à la commémoration du 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance du 15 mars 1944

Nous lutterons pour cela, Quitterie.

De toutes nos forces. Ensemble.

mercredi 14 mars 2007

L'ultime clivage


Il y a un espace en l'homme,
quelque part au loin de l'homme,
et pourtant si proche.

Au coeur de l'homme, tout au centre,
il y a comme une lumière qui vibre.

Elle est parfois lointaine lueur, étoile, sourire fragile de l'espérance.

Parfois lumière franche, crue, déchirant le ciel de l'âme en un coup de tonnerre,
celui de la rencontre, avec l'autre, cet autre soi-même,
celle qui fait chavirer l'âme et nous précipite dans une incandescence en miroir.

Il y a ce vaste espace au coeur de l'homme, à la fine pointe de l'être.

Quand une femme, quand un homme le met au jour, cette femme-là, cet homme-là est sauvé.

Cet espace est celui de la Foi qui déplace les montagnes ;

Cet espace est celui de l'Être et de la Transparence ;

Cet espace est de résistance ;

Cet espace échappe à toute fixité.

Cet espace est nu comme la grâce,
vulnérable comme un nouveau-né,
fragile comme un oeuf dans la main d'un enfant.

Cet espace de la conscience est accessible à chaque instant
d'un seul geste intérieur.

Un geste qui apaise et ouvre le chemin,
un geste qui réconcilie l'inconciliable,
un geste qui sait unir les contraires, embrasse tous les paradoxes et contradictions dont nous sommes cousus.

Un geste qui naît de la différence et de l'inconnu,
de l'accueil en nous de l'ombre, génitrice de toutes les lumières.

Un geste d'une telle souplesse, d'une telle multiplicité que rien ne peut l'arrêter.
Un geste d'envol,
un geste d'ancrage au coeur de cet envol.

Une intention consciente.

Un geste qui aime.

mercredi 28 février 2007

Interview Musique en forme de Sort pour Le Manuscrit

Interview de Rodolphe Massé
pour son essai Musique en forme de sort


Quel est votre parcours ?



Quand j’étais enfant, je dirigeais avec quelques copains une maison d’édition imaginaire qui publiait de nombreux magazines. Un artiste hors du commun, Jean Guérin, s’est intéressé aux histoires de science-fiction que j’écrivais et je me suis retrouvé à dix ans en studio pour enregistrer les voix de leur adaptation en feuilleton radiophonique, une expérience fondatrice pour un enfant. A 15 ans, une lettre d’encouragements d’Olivier Messiaen a changé ma vie : elle serait musique et poésie. Au terme de mes études de piano, j’ai découvert l’improvisation et donné mes premiers concerts, rencontré le compositeur Olivier Greif, travaillé avec Loïc Pierre et la Maîtrise Mikrokosmos… Je suis ensuite parti pour Bruxelles sur l’invitation de Julos Beaucarne. L’apogée de cette première période fut un concert en Suisse devant 4000 personnes en 1996. Un autre concert marquant : à Bruxelles, seul au piano, dans le cadre d’une programmation normalement réservée aux lauréats du concours Reine-Elizabeth. Parallèlement, j’ai terminé mes études de lettres, j’ai même enseigné un temps en lycée, classes de 1ère et BTS… Puis j’ai rencontré Arnaud Desjardins et Alejandro Jodorowsky qui ont confirmé l’engagement spirituel au cœur de mon parcours. Par la suite, ma passion pour l’œuvre d’Osamu Tezuka m’a amené à rejoindre les éditions Asuka alors naissantes, début 2004. J’ai adapté et préfacé pour eux plus de 150 volumes et nous avons imaginé ensemble le Guide Phénix du Manga, un outil de référence de 750 pages, dont je suis rédacteur en chef. Sur un autre registre, j’ai pu concrétiser un rêve de gosse en devenant scénariste de BD pour Disney Hachette Presse et plus précisément le Journal de Mickey. La rencontre d’Hélène Grimaud est un autre moment crucial de ces dernières années, point de départ du recueil Cantique des Hauteurs (éd. Maelström / City Lights).



A 19 ans, vous écrivez simultanément votre premier recueil de poèmes et votre premier disque de chansons piano-voix, quel est le lien qui existe, selon vous, entre écriture musicale et écriture littéraire ?



Je n’ai jamais voulu choisir entre musique et poésie ! Pourtant, il s’agit de deux médiums très différents. Je vois l’écriture poétique comme le langage porté à son point d’incandescence, le véhicule de l’idée autant que de l’émotion. La musique est un langage purement émotionnel qui peut court-circuiter l’intellect pour s’adresser au cœur sans détour. Si l’esprit est visé en premier lieu, on obtient une aberration musicale : musique élitiste et stérile qui ne s’adresse plus qu’à une poignée de musicologues. C’est comme si, sous l’influence de quelques esprits forts, le monde de la musique, particulièrement en France, avait été parasité par l’intellect et les postures sectaires depuis un demi-siècle. Heureusement, sous l’influence de Benoît Duteurtre, Jean-François Zygel, William Sheller et quelques autres, les choses commencent à bouger. Mais il reste du chemin à parcourir dans les consciences…



Vous livrez une réflexion personnelle sur la musique contemporaine et sur
vos compositeurs de prédilection, passés ou présents, pensez-vous que chacun
puisse être touché par cette " musique-sortilège " ?



Ou la musique est un charme puissant, ou elle n’est rien du tout. La musique-sortilège dont je parle est de tout temps celle qui s’adresse au plus grand nombre. Voilà pourquoi elle ignore les frontières entre répertoire populaire et savant. Bach, Vivaldi, Mozart, Beethoven, Schubert ou Satie parlent toujours au cœur de chacun, sans avoir à être expliqués… La musique dite légère est elle aussi parfois très envoûtante… Quant à la musique pop, elle n’est pas forcément légère ! Les définitions ont finalement toujours tort ; la musique est libre et n’entre pas dans ce jeu réducteur.
Ce que je tente de décrire dans Musique en forme de Sort, à travers quelques exemples, c’est la persistance, depuis les origines tribales des premiers chants et jusqu’à nos jours, d’une musique qui s’adresse au cœur de l’homme, à son essence, à cette part irréductible de l’âme qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. Une musique qui nous ensorcelle en révélant la beauté de l’instant et la noblesse dont nous sommes porteurs.



Entre Bach, le minimalisme et les Beatles se tisse le lien intime du chant du monde, quels artistes contemporains perpétuent, selon vous, ce sortilège magique irrésistible ?



Philip Glass et Arvo Pärt sont deux compositeurs majeurs de notre époque sur lesquels je m’attarde, parce qu’ils ont su dépasser les cadres étroits du public habituel de la musique contemporaine, et ont été fustigés pour cela. Mais le temps travaille pour eux ! Wim Mertens est un autre exemple marquant. Tout récemment, Johann Johannsson semble confirmer ce retour aux sources magiques, émotionnelles de la musique. Il y en a beaucoup d’autres et j’essaie moi-même, peu à peu, de tendre de toutes mes forces dans cette direction. C’est d’ailleurs l’objet de la création de l’Ensemble en forme de Sort, qui se consacrera à l’interprétation de ma musique.



Pourquoi avoir choisi les éditions le Manuscrit ?



C’est par Albert Barillé (créateur mondialement célèbre des séries Il était une fois… l’Homme, l’Espace, la Vie…) que j’ai découvert les éditions ! Mon enfance avait été bouleversée par le regard de ce pédagogue de génie qui donnait du sens à la marche de l’humanité, ce que l’école ne faisait pas forcément, hélas… J’ai particulièrement aimé son recueil de pensées pour le Manuscrit. En me renseignant sur l’éditeur, j’ai trouvé sa démarche novatrice très importante pour notre époque. Et j’avais envie de publier Musique en forme de Sort dans l’urgence, ce qui n’aurait pas été possible ailleurs. Le Manuscrit était donc le partenaire idéal pour un tel projet, et l’initiateur d’une démarche qui me tient à cœur et que je souhaite aussi soutenir.



Quels sont vos projets d'écriture ?



Je termine les révisions de Grimoire en forme de Sort, prévu de longue date aux éditions Maelström, dont la première version avait circulé presque sous le manteau, relayée par Internet jusqu’à des sites américains. Ce journal-essai, écrit il y a trois ans, développe la notion de conscience magique abordée dans Musique en forme de Sort, qui est en quelque sorte son jumeau musical. Grimoire propose à chaque lecteur de devenir le magicien de son quotidien et de son destin, en utilisant les ressources insoupçonnées de l’imagination créatrice. Je suis d’ailleurs persuadé que le dépassement du clivage entre la dimension horizontale, sociale et politique de l’existence et sa dimension verticale, artistique, magique et spirituelle, est un enjeu majeur de notre temps.
Je souhaite aussi investir davantage les possibilités qu’offre la bande dessinée et aborder le cinéma d’ici quelques années, en tant qu’auteur-réalisateur. Quand j’ai dit à mon ami Jodorowsky que son dernier ouvrage, Mû, le Maître et les Magiciennes, ferait un film magnifique, il m’a répondu en me regardant droit dans les yeux : " Fais-le ! " J’ai éclaté de rire, mais qui sait ? Je pense surtout à Ismélia, un projet datant de mon adolescence, que j’aimerais tourner en noir et blanc, comme un Bergman. Et je rêve d’un film sur l’avenir de l’espèce humaine, aujourd’hui compromis, donnant à voir une humanité pleinement spiritualisée dans un très lointain futur, proche par certains aspects de la vision du Jeu des perles de verre d’Hermann Hesse... En fait, j’aimerais plus que tout rendre compte du jeu de l’amour invisible qui compose et articule chaque être et chaque chose de ce monde.

Interview en ligne sur le site de l'éditeur : http://www.manuscrit.com/Edito/Auteur/Pages/masse_rodolphe_musique_en_forme_de_sort.asp


Julos Beaucarne, le Jaseur Boréal

Le Julos nouveau est arrivé...
Le Jaseur Boréal (Harmonia Mundi) est peut-être son plus bel album depuis trente ans.
Plus je l'écoute, et plus je l'aime. Heureux de voir mon deuxième père en pleine forme !

Julos y retrouve la simplicité des arrangements acoustiques qui convient si bien à son univers puissant, tendre et humaniste, d'une grande sincérité.
Voilà un disque qui confirme combien la voix de Julos est importante aujourd'hui, combien son oeuvre de poète-chanteur compte, aux côtés de Brassens et Béart.
En Belgique, tout le pays a fêté ses soixante-dix printemps.
Julos qui nous téléphonait l'autre jour, fidèle à lui-même, vingt ans depuis cinquante ans et l'âme ouverte à tous les vents du monde ; les pieds bien plantés sur la terre, les yeux tournés vers les hauteurs.





Il y a trente-deux ans, Loulou (Louise Hélène France), la compagne de Julos, maman de ses deux petits garçons alors âgés de cinq et dix ans, Christophe et Boris, était assassinée. Le soir du drame, Julos trouve la force d'écrire cette Lettre Ouverte désormais célèbre. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore :

Amis bien aimés,
Ma Loulou est partie pour le pays de l'envers du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre, par l'amour et la persuasion.
C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir, il faut reboiser l'âme humaine.
Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses ; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j'aimerais qu'il y ait un paradis, comme ce serait doux les retrouvailles...

En attendant, à vous autres, mes amis d'ici-bas, face à ce qui m'arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu'un histrion, qu'un batteur de planches, qu'un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd'hui :
je pense de toutes mes forces, qu'il faut s'aimer à tort et à travers.
Je pense de toutes mes forces, qu'il faut s'aimer à tort et à travers.

Pour en savoir plus sur l'oeuvre de Julos, la page de l'encyclopédie Wikipédia qui lui est consacrée, fort bien faite :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Julos_Beaucarne

et son site internet :
http://www.julos.be/ pourvu d'un forum hyper-actif !


samedi 27 janvier 2007

Johann Johannsson et la musique de l'an 300.000

Ces derniers jours, j'écoute presqu'exclusivement la musique de Johann Johannsson, en particulier son premier chef-d'oeuvre : IBM 1401, A User's Manual (2006), pour soixante cordes et bande magnétique, interprété par l'orchestre philharmonique de Prague, dir. Mario Klemens... accompagné du dernier chant de l'IBM 1401, premier ordinateur "familial", enregistré en 1971 par le père de Johannsson.




Johannsson appartient à une mouvance actuelle de retour à la tonalité dans sa conception la plus basique et primitive. On pourrait appeler cette tendance DO MAJEUR, en référence à Schönberg qui écrivait : "Il reste encore beaucoup de chefs-d'oeuvre à écrire en do majeur." tant les acteurs de cette tendance ou conviction (qui est la mienne) semblent rechercher les trésors qui restent à écrire sur quelques notes et une poignée d'accords simples.


Bien sûr, cette tentative ne date pas d'hier : elle fut une salutaire réaction face au sérialisme dominant dans les années soixante, et de grands compositeurs contemporains ont tenté l'expérience - souvent avec bonheur - : Philip Glass, Michael Nyman, Wim Mertens pour ne citer que ceux-là (renouant ainsi avec les sources de la musique : émouvoir et élever par le simple ressort de sa propre émotion) mais il me semble que d'un point de vue spirituel, l'impulsion générée par les islandais Johann Johannsson et Sigur Ros, va plus loin.


Elle rejoint davantage certaines préoccupations du Arvo Pärt de Spiegel im Spiegel, sans bénéficier de la même intensité dans l'interprétation. L'enjeu n'est peut-être pas entièrement saisi. Mais IBM 1401, A User's Manual (2006) reste une oeuvre majeure de l'année écoulée, sans parler du formidable impact de la chorégraphie : la bouleversante Erna Omarsdottir unit le plus lointain passé au plus lointain futur, la naissance de l'homme et celle de la machine, la conscience humaine et l'intelligence artificielle, l'organique et le mécanique, la déchirure existentielle entre le conditionnement et l'acte libérateur. Je crois ne jamais avoir observé une telle intensité, pas même chez Guillem.

A voir absolument : un extrait vidéo du premier mouvement.







Quant à la musique de Johannsson, elle tient debout toute seule. Elle évoque les forêts de lumière des nuits de l'an 300.000, les grandes cités flottantes du plus lointain futur, le chant infiniment mélancolique du dernier homme... ou du premier cyborg.






Johannsson est aussi membre de l'Apparat Organ Quartet, qui fait revivre l'esprit du Yellow Magic Orchestra ou les très riches heures de Kraftwerk et Stereolab.

Voici le quartet (évidemment, ils ont trouvé le moyen d'être cinq !) en playmobils customisés. Une esthétique que ne renieraient ni les Daft Punk ni David Schmitt !

Johann Johannsson en concert au Nouveau Casino, Paris, le 17 février

Thanks : Ananda !

dimanche 21 janvier 2007

La pesanteur et la grâce


"Tous les mouvements naturels de l'âme sont régis par des lois analogues à celles de la pesanteur matérielle. La grâce seule fait exception. Deux forces règnent sur l'univers: lumière et pesanteur. Pesanteur. - D'une manière générale, ce qu'on attend des autres est déterminé par les effets de la pesanteur en nous, ce qu'on en reçoit est déterminé par les effets de la pesanteur en eux. Parfois cela coïncide (par hasard), souvent non. Pourquoi est-ce que dès qu'un être humain témoigne qu'il a peu ou beaucoup besoin d'un autre, celui-ci s'éloigne ? Pesanteur.
(...)

La pesanteur fait descendre, l’aile fait monter : quelle aile à la deuxième puissance peut faire descendre sans pesanteur ?

"Un mode de purification : prier Dieu, non seulement en secret par rapport aux autres hommes, mais en pensant que Dieu n’existe pas. La foi suppose, pour n’être pas une simple superstition, un athéisme préalable profondément vécu, «purificateur» de toute tentation idolâtrique, et donc adorateur."

"L’attention absolument sans mélange est prière."


Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce


"Toute contrainte est impure : «Prendre puissance sur, c’est souiller, posséder, c’est souiller.» Au contraire : «Aimer purement, c’est consentir à la distance.» L’amour est retrait, il est refus de la force, il est douceur et don : «L’amour n’exerce ni ne subit la force ; c’est là l’unique pureté.» Dieu est faible («et petit...», ajoutait Alain), puisque Dieu est aimant, et que l’amour est le contraire exact de la force, comme la pesanteur l’est de la grâce."


Simone Weil, Attente de Dieu